FRANCOIS BAYROU
Par lesgarsdelaroyal, mardi 1 août 2006 à 00:00 :: Les candidats :: #89 :: rss
SA FICHE
BIOGRAPHIE
Fils d'agriculteurs, François Bayrou obtient, à l'âge de vingt ans, son agrégation de lettres classiques à l'université de Bordeaux III. A la mort de son père, il aide sa mère à gérer l'exploitation familiale tout en continuant à enseigner. A trente ans, il se lance dans la politique en devenant conseiller général. Il est chargé de mission au cabinet de Pierre Méhaignerie et d'Alain Poher. Il devient également le conseiller de Pierre Pflimlin, Président du Parlement européen. Dans son fief local, il se fait élire député UDF des Pyrénées-Atlantiques et Président du Conseil Général des Pyrénées-Atlantiques. En 1993, il est nommé Ministre de l'Education nationale et Ministre de l'Enseignement supérieur en 1995 et 1997. Un an plus tard, il est élu Président de l'UDF, puis est réélu en 2005 tout en se détachant progressivement de la droite. Candidat aux élections européennes de juin 1999 contre la liste d'union RPR/DL, il entre au Parlement européen. Audacieux, il se présente aux élections présidentielles de 2002 et remporte un très bon score. Député des Pyrénées-Atlantiques, il refuse de s'allier au gouvernement de Jean-Pierre Raffarin rassemblé dans l'UMP (Union pour la Majorité Présidentielle). François Bayrou s'oppose à l'entrée de la Turquie dans l'Europe et se montre, lors du débat sur la Constitution européenne, favorable à ce texte.
ANECDOTES
> Seul contre tous
Refusant de s'allier avec l'UMP, François Bayrou est candidat UDF aux élections régionales de 2004. Les résultats ne sont pas très favorables pour son parti car il ne parvient pas à obtenir la présidence du conseil régional de l'Aquitaine.
Refusant de s'allier avec l'UMP, François Bayrou est candidat UDF aux élections régionales de 2004. Les résultats ne sont pas très favorables pour son parti car il ne parvient pas à obtenir la présidence du conseil régional de l'Aquitaine.
> Un ailleurs
Pour se change les idées, François Bayrou écrit des ouvrages. Il est l'auteur notamment d'une biographie d'Henri IV et du livre 'Le droit au sens'. Loin des préoccupations politiques, il élève des chevaux.
Pour se change les idées, François Bayrou écrit des ouvrages. Il est l'auteur notamment d'une biographie d'Henri IV et du livre 'Le droit au sens'. Loin des préoccupations politiques, il élève des chevaux.
> Père comblé
Avec sa femme Elisabeth, François Bayrou a six enfants et cinq petits-enfants.
Avec sa femme Elisabeth, François Bayrou a six enfants et cinq petits-enfants.
> Influences
François Bayrou est d'inspiration démocrate-chrétienne, catholique pratiquant, et fervent défenseur de l'Europe fédérale.
François Bayrou est d'inspiration démocrate-chrétienne, catholique pratiquant, et fervent défenseur de l'Europe fédérale.
- M. François Bayrou
- Né le 25 mai 1951 à Bordères (Pyrénées-Atlantiques)
| Circonscription d'élection : | Pyrénées-Atlantiques (2ème) |
| Groupe politique : | Union pour la Démocratie Française |
| Commission : | Membre de la commission des finances |
| Profession : | Professeur agrégé de lettres |
| Suppléant : | M. Pierre Menjucq |
Contacts et site internet
- Adresses :
- Casier de la Poste, Palais Bourbon,
75355 Paris 07 SP
- Permanence, 34 Rue Henri Faisans,
64000 Pau
Téléphone : 05 59 30 61 91
- U.D.F., 133 Bis Rue de l'Université,
75007 Paris
Téléphone : 01 53 59 20 00
f.bayrou@udf.org
- Casier de la Poste, Palais Bourbon,
Mandats et fonctions à l'Assemblée nationale
- Mandat : Réélu le 16/06/2002 (Date de début de mandat : 19/06/2002 (élections générales))
- Commission :
- Membre de la commission des finances
- Groupe d'amitié :
- Membre : - Israël
Anciens mandats et fonctions à l'Assemblée nationale
- Élu le 16/03/1986 - Mandat du 02/04/1986 (élections générales) au 14/05/1988 (Fin de législature)
- Réélu le 12/06/1988 - Mandat du 13/06/1988 (élections générales) au 01/04/1993 (Fin de législature)
- Réélu le 28/03/1993 - Mandat du 02/04/1993 (élections générales) au 01/05/1993 (Nomination comme membre du gouvernement)
- Réélu le 01/06/1997 - Mandat du 01/06/1997 (élections générales) au 21/12/1999 (Démission)
Anciens mandats nationaux ou fonctions ministérielles
- Ministre de l'éducation nationale
- du 30/03/1993 au 11/05/1995
- Ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'insertion professionnelle
- du 18/05/1995 au 07/11/1995
- Ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche
- du 07/11/1995 au 02/06/1997
Mandats locaux en cours
- Membre du conseil général (Pyrénées-Atlantiques)
Anciens mandats locaux
- Conseil municipal de Pau (Pyrénées-Atlantiques)
- du 14/03/1983 au 19/03/1989 (Membre)
- du 20/03/1989 au 01/04/1993 (Membre)
- Conseil général des Pyrénées-Atlantiques
- du 22/03/1982 au 02/10/1988 (Membre du conseil général)
- du 03/10/1988 au 27/03/1994 (Membre du conseil général)
- du 30/03/1992 au 27/03/1994 (Président du conseil général)
- du 28/03/1994 au 18/03/2001 (Président du conseil général)
Anciens mandats européens
- Député européen, du 20/07/1999 au 17/06/2002
Place dans l'hémicycle
Numéro de la place occupée : 437
POUR EN APPRENDRE UN PEU PLUS
Un article de Paris-Match, écrit par Sylvie Santini
Il a refusé le C.p.e., il a voté la motion de censure contre Villepin, il n’accepte plus les clivages archaïques entre gauche et droite... Avec l’espoir que, l’an prochain, les Français diront oui à son destin présidentiel.
C’est son jardin secret, loin de l’arène politique. Quand il est à Paris, le président de l’U.d.f. prépare la guerre, celle de la présidentielle : en tenant tête à l’U.m.p., il revendique sa liberté et croit plus que jamais en l’avenir d’une candidature centriste. Le 10 juin, le conseil national de l’U.d.f. sera pour lui l’occasion de renouveler sa déclaration d’indépendance. Mais c’est à Bordères, son village natal, que François Bayrou va chaque semaine chercher la paix. Il y retrouve sa femme, Elisabeth, leurs six enfants et leurs petits-enfants, son élevage de chevaux et le souvenir de son père, un fermier qui lui a transmis l’amour de la terre et de la littérature. Pour la première fois, il a accepté d’entrouvrir la porte de son refuge. Il accueille Paris Match chez lui, dans ce Béarn « où l’on ne baisse pas la tête », comme le disait Henri IV, autre enfant du pays. François Bayrou, qui lui a consacré une biographie, a retenu la leçon.
Enfant, il ne disait pas “quand je serai grand, je serai président”. Il voulait juste changer le monde.
C’est une maison blanche dans un pays gris. Au village, d’ailleurs, on l’appelle « La maison blanche », en référence taquine aux ambitions présidentielles de son célèbre occupant. Bordères, 600 habitants, l’une de ces bourgades en chapelet sur la route de Lourdes à Pau, département des Pyrénées-Atlantiques : ni boulanger ni marchand de journaux, mais un candidat à la présidentielle. Bordères est la ville natale de François Bayrou ainsi que sa résidence principale. Le foyer où le président de l’U.d.f. revient quatre jours par semaine, là où réside sa femme Elisabeth, dite Babeth, où furent élevés leurs six enfants, où cabriolent dans le jardin au moins trois des neuf petits-enfants du couple, ceux dont les parents sont installés à proximité. La « grande » ville la plus proche s’appelle Nay, qu’il faut prononcer « Naye », tout comme il faut cesser de dire « Bairou » pour énoncer « Baye-rou ». A « Naye », « Baye-rou » a fait toute sa scolarité – quelques coups de pédale depuis Bordères. La plaine de Nay, ceinte des douces montagnes pyrénéennes est, pour lui, selon une amie de fac et de toute une vie, Marion Delbousquet, enseignante aujourd’hui dans les Landes, « le centre du monde ».
Chez lui, dans le Béarn, avec sa femme Elisabeth et leurs six enfants, il ne joue pas au paysan de Paris.
François Bayrou élève une douzaine de chevaux de course. Ici, All Heart et Balle de Golf. « J’aime, dit-il, choisir la lignée, faire naître, voir grandir. » Une discussion avec Elisabeth lui a donné envie de se replonger dans l’œuvre de Rabelais. Samedi, stade du Hameau à Pau, dans l’après-midi, pendant le match Pau-Castres : un essai des Palois fait vibrer François Bayrou, qui porte les couleurs du club, et son fils André. Castres l’emportera finalement 27 à 25 : Pau est relégué en Pro D2.
Dans les tribunes, il prend parti... pour la section paloise de rugby. Dans son fief, François Bayrou cultive ses passions : les marches en montagne et l’écriture, l’Histoire de France et le bricolage, les discussions littéraires avec Elisabeth et les enfants, les tête-à-tête avec les pouliches de son élevage. Mais la politique n’est jamais très loin : chaque premier vendredi du mois, il organise dans une commune de la région un « cercle citoyen », pour rencontrer les électeurs et répondre à leurs questions. Celui du 2 juin se tient à Nay, où il fit sa scolarité. Il a l’intention d’étendre la formule à toute la France pour sa campagne. Cet adepte de la démocratie participative est persuadé que l’écoute et l’enracinement local seront les clés du succès. « Ecrire, entraîner, haranguer, il n’a fait que ça toute sa vie », dit de lui son épouse qui l’a connu dans le tourbillon post-soixante-huitard du début des années 70.
Rien à voir avec la Bigorre voisine, capitale Lourdes, à 20 kilomètres de là, ex-chapelle de Douste-Blazy... Vade retro ce fief d’un U.d.f. passé à l’U.m.p. : « La Bigorre a fait allégeance, dans l’Histoire, aux suzerains anglais ; le Béarn jamais n’a courbé l’échine », professe le docte Bayrou, ex-professeur des collèges et lycées (de 1974 à 1984), ex-ministre de l’Education nationale (1993-1997), auteur d’une demi-douzaine de livres dont un best-seller historique sur Henri IV (« Le roi libre », Flammarion) et une histoire des protestants (« Ils portaient l’écharpe blanche », Grasset). « Nous sommes une République d’hommes libres », proclame le politique, qui s’enorgueillit, ces temps-ci, d’avoir proféré le plus grand nombre de « non » à l’encontre de sa propre majorité... Non à la confiance au gouvernement Villepin en juin 2005, non au C.p.e., motion de censure il y a quinze jours.
Pour l’heure il a dit oui. Oui à une intrusion de Paris Match dans la maison blanche... Une première. Non que la famille Bayrou soit très protocolaire – c’est tout le contraire, tablées à la bonne franquette, madame aux fourneaux, canapés en Skaï. Mais la gent journalistique n’est pas franchement la bienvenue. « Ne me remerciez pas de vous accueillir, je le fais uniquement parce que je n’ai pas le choix », prévient d’emblée Elisabeth... Les yeux, tantôt bleus, tantôt gris-vert, pétillent pourtant de malice. Ombrageuse, réservée, Mme Bayrou s’avère la plus attentive et chaleureuse des maîtresses de maison. Elle a son quant-à-soi et, dans cette grande demeure un peu foutraque que son mari présente comme « de bric et de broc » elle mène sa vie à elle, un tiers grand-mère au foyer, deux tiers méditation. Elisabeth Bayrou s’initie en ce moment à l’arabe, elle creuse passionnément, de longue date, son sillon philosophique et spirituel. La foi est palpable dans cette famille de catholiques pratiquants. D’ailleurs l’église est dans le jardin. Babeth a la clef, les cloches sonnent toutes les demi-heures. Un certain François Bayrou, au tout début du siècle dernier, avait démissionné de son poste de premier adjoint parce que le maire de Bordères, charcutier de son état, s’était approprié la place du village – celle de l’église donc – pour en faire sa pelouse devant les baies vitrées de son domicile... C’est cette bâtisse-là, curieusement Art déco, qu’a achetée en 1978, à 100 mètres de la maison natale, son petit-fils et homonyme. Ah ! si l’aïeul savait que la prise illégale d’intérêts de l’ancien édile avait finalement profité à sa propre descendance... Pourtant le rejeton est tout aussi sourcilleux sur la morale publique que l’ancêtre marchand de grains. Le président de l’U.d.f. n’a pas attendu l’affaire Clearstream pour se répandre en imprécations contre la dilapidation des fonds publics et la mauvaise graine engendrée par la fréquentation des ors de la République. Lui-même a senti le danger de « l’accoutumance aux voitures à vitres fumées » lorsqu’il détint le maroquin de l’Education nationale...
Après le dîner, la famille se plante devant un D.v.d. d’« Un éléphant, ça trompe énormément », cadeau d’Agnès Bayrou, 20 ans, en quatrième année de Sciences po Paris, filière recherche. L’érudition n’exclut ni l’humour ni la paillardise. Agnès esquive l’appareil du photographe, mais elle ne quitte pas d’une semelle ses parents pendant la corvée journalistique : « Comment ne pas soutenir mon père ? C’est le combat de sa vie. » Ainsi va-t-il, François Bayrou, franc-tireur du centre, soutenu par une progéniture de champions – dont une agrégée, une polytechnicienne et un jeune khâgneux doté, au bac, d’un 20/20 en philo –, qui croient, autant que lui, au bien-fondé de son positionnement : « Remettre l’homme au centre... Qui ne le voudrait ? », poursuit la jeune fille. Clef de son équilibre familial, le Béarn est aussi le terreau qui a constitué cet homme du verbe, la tête dans les concepts et les mains attelées autant au clavier de l’ordinateur qu’à la charrue des ancêtres paysans, sans oublier de caresser le chanfrein des chevaux.
« Tout est simple en moi, vous savez...» Vite dit. De lui, son ancien maître à penser du secondaire Jean Biès, ex-professeur de français au lycée de Nay, spécialiste d’ésotérisme et de la chrétienté orientale, dit qu’il a non seulement plusieurs vies – géographiques et mentales –, mais différentes incarnations dans sa même existence... Fichu karma ! Quant au voisin et ami politique Didier Borotra, maire U.d.f. de Biarritz, il insiste sur la « complexité » d’un personnage dont il salue « l’impressionnante transformation ».
Au collège, on surnomme “Tintin” cet élève dissipé
En 1965-1966 : François Bayrou est élève au lycée de Nay. Parmi ses condisciples : Babie Monset, aujourd’hui enseignante à la retraite et membre de l’U.d.f., et Françoise Pichon, devenue Mme Noël Mamère.
En 1975, François Bayrou retourne au lycée de Nay, mais en tant que professeur de lettres. Après la mort de son père, un an plus tôt, il a repris l’exploitation familiale. Il partage son temps entre les salles de classe, le travail des champs et la politique.
Tout petit déjà, comment était-il, l’élève Bayrou ? « Lambda », assène le professeur Pichon, père d’une certaine Françoise, autre copine de classe, devenue Mme Noël Mamère. Il se souvient toutefois d’un jour où le garçonnet l’avait saisi de surprise en possédant, seul, la réponse à une question piège d’un inspecteur d’académie à la noix... «Qui peut me dire qui était le précepteur d’Alexandre ? – Moi, M’sieur ! Aristote ! » Il en est encore estomaqué, le sévère professeur d’histoire, ce qui ne l’empêche pas de considérer que le garnement ne se tuait pas à la tâche, qu’il était « un élève léger qui faisait du potin ». Vrai, confirment à la fois sa fille, aujourd’hui professeur d’université, et le galopin devenu présidentiable : « Qu’est-ce qu’on a ri ! On était plutôt dissipés. » François Bayrou confesse n’avoir jamais fait ses devoirs... «Oui, mais il avait quand même deux ans d’avance », souligne une autre ex-lycéenne de Nay, militante U.d.f. dans le Sud-Ouest, Marie-Gabrielle, dite Babie, Monset. Elle désigne sur la photo de classe de l’année 1961-1962 un gringalet aux oreilles remarquablement décollées, le crâne surmonté d’un toupet qui lui valut très tôt le surnom de Tintin. Un petit bonhomme qui, lorsqu’il ne préparait pas quelque coup pendable avec les filles, dévorait des livres sur le toit de la maison paternelle.
« Tintin » était le fils de Calixte et Calixte était, semble-t-il, un phénomène. « Un paysan qui labourait ses champs en récitant des vers », se souvient Marion Delbousquet. « Un esprit curieux, dont le fils semble avoir hérité la malignité », pour Georges Pichon, l’ex-marxiste séduit par un paysan catholique. « C’était un intellectuel autodidacte », précise François Bayrou. Un cultivateur cultivé, en somme, qui amena son fils, après son décès subit en 1974, chutant du haut d’une charrette à foin, à devenir un enseignant aux champs. « Il allait passer l’agrégation un mois après, ce fut un tour de force de l’obtenir dans de telles circonstances », admire la fidèle Marion. Le professeur Bayrou, nommé à Nay, semble toutefois, de son propre aveu, avoir été un rien intermittent. « Original, mais pas vraiment ponctuel », notent ses ex-mentors, Biès et Pichon. Il était en effet non seulement en train d’aider à rentrer les troupeaux, comme lorsqu’il était petit, mais de faire aussi le porte-plume pour Jean Lecanuet ou Pierre Pflimlin, ses maîtres en politique. « En 1977, un blanc-bec est venu me trouver pour me proposer d’être son suppléant... Alors que j’étais de treize ans son aîné et que j’étais déjà conseiller général », se souvient en rigolant le Dr Pierre Menjucq, aujourd’hui vice-président du conseil général des Pyrénées Atlantiques. Le culot a payé, et préludé à trente ans d’amitié ainsi qu’à des succès communs. Le docteur fut le bras droit du professeur lorsque celui-ci était président du conseil général (de 1992 à 2001). La passion des chevaux avait entre-temps succédé aux nécessités agricoles : les ventes miraculeuses du « Henri IV » ayant permis à l’écrivain Bayrou de satisfaire un rêve d’enfance, l’élevage de compétition. D’ici peu, le 11 juin, au lendemain du conseil national de l’U.d.f., Alix Road pourrait bien remporter le Prix de Diane Hermès... Contemplant plaine et vallons du haut d’un coteau de Nay, il lâche, songeur : « Je ne pourrais en aucun cas me passer de ces paysages, et pourtant, si mon père n’avait pas eu cet accident, je ne serais sans doute pas resté là. Je l’ai fait pour empêcher que la mort gagne. » Cet homme-là dit non à tout, même à la grande faucheuse.
Comment dès lors ne pas s’attarder, avec Didier Borotra, sur la « complexité » du plus terrien des candidats à la présidentielle ? « Tout le portait, en tant que Béarnais et centriste, à un cheminement tortueux. Or voilà qu’il se révèle, selon l’expression d’Alain Duhamel, un centriste “granitique”. Il suit une ligne dont il ne dévie pas en prenant tous les risques, il s’est construit en homme d’Etat. » Le verdict vaut de l’or dans la bouche d’un Basque, toujours prompt, par définition, à soupçonner son voisin de département, le Béarnais, de filouterie. La sagesse populaire ne dit-elle pas que celui-ci « n’est même pas sûr de penser le contraire de ce qu’il dit » ?
«Il y a deux espèces de Béarnais, s’insurge le spécialiste d’Henri IV. Les flexibles et les inflexibles, dont je fais partie. » Dans la première catégorie, il range feu André Labarrère dont il fit pourtant un éloge à tirer des larmes au plus endurci des socialistes palois, lors de son enterrement le 19 mai dernier. Il faut dire que le maire de Pau ne se privait pas de compliments à sa façon à l’égard de celui qu’il appelait « le Parisien », comparant son visage à celui d’un « pâtre grec mâtiné de tête de veau »... Malgré ces gracieusetés, le chantre du centre à la française éprouvait une réelle amitié pour son rival politique. « Pourquoi serais-je obligé de détester les gens qui ne sont pas de mon bord ? »
Adolescent, il se voit en Don Quichotte ou en Robin des bois.
Voilà la clef du positionnement de François Bayrou, acharné de longue date à démontrer la vanité des clivages gauche-droite. François Mitterrand, autre homme de plume et de limon, ne déniait pas à cet émule de Jean Lecanuet et de Valéry Giscard d’Estaing une certaine « force d’être ». Lui-même a « de l’estime » pour François Hollande ; il n’a jamais caché son amitié pour Rocard, Delors ou Kouchner, tous socialistes d’ouverture. Dominique Strauss-Kahn professe la même opinion que lui sur la nécessité d’un président qui gouverne ? « Et alors ? Tant mieux si nous sommes plusieurs à penser correctement. Je ne demande pas mieux, une fois au pouvoir, que d’inviter les autres à travailler avec moi ! »
Il ne doute de rien, le preux Bayrou, qui du haut des toits où il bouquinait enfant, se voyait déjà « en Don Quichotte ou Robin des bois, prêt en tout cas à défendre ceux qui n’ont pas voix au chapitre ». Se disait-il alors : « Quand je serai grand, je serai président ? » Que non ! « Le précédent maire de mon village colportait cette légende, mais c’est faux, je voulais juste changer le monde. » « Juste »... Aujourd’hui, il voudrait « ouvrir un chemin inédit », qui ressemble selon lui à « la face Nord » de quelque Himalaya. Il rêve en somme de réconcilier les Français. De rééditer la geste du bon roi Henri, monarque de la réconciliation et du consensus, dont le château Coarraze, où il passa son enfance, à 2 kilomètres de Bordères, s’orne de la devise suivante : « Lo que a de ser no puede faltar » – « Ce qui doit être ne peut manquer d’arriver ».
« De quel score rêvez-vous ? », demande-t-on à celui qui fit 6,84 % au premier tour de 2002. « Je vise la victoire. » En attendant – et tout en préparant sa campagne – le candidat protéiforme met la dernière main à un nouvel essai politique et peaufine l’angle d’un opus sur Saint Louis, autre Juste du royaume de France. L’homme qui dit non brigue la souveraineté... populaire. Il aimerait qu’en 2007 les Français lui disent oui.
Paris-Match
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