Tous aux urnes !
Par lesgarsdelaroyal, dimanche 26 novembre 2006 à 20:24 :: Tribune libre :: #85 :: rss
Tribune libre n°1
Un effroyable tumulte emplit l’espace… Des cris, des pleurs, des lambeaux de vêtements… C’est un pugilat, une furieuse empoignade. Et voici qu'à présent la mêlée nous aspire. On résiste, se cramponne, mais en vain. Les protagonistes nous saisissent, ils nous veulent, qu’on témoigne, qu’on prenne parti !
« Il faut, disais-je, redonner plus de chance à ceux qui en ont le plus manqué ! » martèle le gars Narkozi, en strangulant frénétiquement Jean Pierre Chauvinement. Tentant de conserver, dans la pagaille, ses allures de marquis pomponné, Dominique feint d’ignorer qu’il a déjà perdu son froc dans la bataille : « la stricte égalité, hum, de tous, devant la loi, est le pilier de la tradition constitutionnelle, n’est-ce pas, hum, française et… ». Jean-Marie Le Peigne l’interrompt d’une vigoureuse manchette sur la nuque. Tel un fort des halles, un soir de catch au Vél’ d’Hiv’, il jette sa victime à terre, recule, s’élance, rugit et, mi-bondissant, mi-trébuchant, place son terrible coup de grâce, écrasant notre Pompadour dont les vertèbres craquent.
Profitant de la diversion, Cigalène a retiré ses escarpins et file en catimini vers l’estrade, laissant François Mollande, éberlué comme à son habitude, chercher ses lunettes à quatre pattes. Elle monte sur la première marche, mais Lolo Fabulus l’aperçoit et sort de sa prostration : « Là , là ! Là -bas ! Il ne faut pas, non jamais… il ne faut pas ! Pas elle ! La droite ! Il faut la droite !!! Pour mon quinquennat à moi… Le quinquennat de Lolo ! Dans cinq ans… Il faut la droite maintenant, la droite seulement ! ».
Prêtant pour une fois attention aux bredouillements du malheureux Lolo, Krocs-Stahn se lance à la poursuite de l’échappée. Il la rattrape en haut de l’escalier, la prend aux chevilles et lui mord rageusement le mollet. Les hurlements stridents de Cigalène rameutent toute la clique qui se rue maintenant vers le podium. C’est une tornade vrombissante qui envahit la scène. Les fauteuils valdinguent, on s’arrache les micros, on s’écharpe, se piétine, tous les coups sont permis.
Narkozi hurle : « la sécurité est mère de prospérité… je vous donnerai la sécurité et nous construirons la prospérité… ensemble, communautés, mosaïque, dans le respect des différences. Les africains polygames payeront les retraites des homosexuels européens… dans une fertile complémentarité des mœurs… ». Cigalène surenchérit : « Il faut placer l’homme et la femme au cœur de la vie publique. Des jurys populaires sanctionneront les élus défaillants, les maires timorés, les sénateurs frileux ! Voter les finances à main levée, donner à ceux qui réclament, mettre la loi au service du citoyen ! ».
Le Peigne brandit un drapeau que lui dispute Philippe de l’Evier. Ils entonnent une Marseillaise endiablée. Chauvinement se fige dans un de ses plus beaux garde-à -vous. Narkozi et Cigalène s’en foutent qui s’égosillent encore : « Droit de vote pour tous, contrat d’union civile, droit d’adoption pour les clandestins ! Allocation d’homoparentalité ! Discrimination positive, admirative, compulsive !!! ». Les idées fusent, rebondissent s’entrechoquent, s’emmêlent. On promet à qui mieux- mieux, menace. « Narkozi ou le déluge ! Cigalène ou l’apocalypse ! Votez tant qu’il est temps ! Votez pour les beaux programmes, votez pour les pourcentages, les calculs, les savants bidouillages, les fragiles équilibres, la croissance retrouvée. Le bonheur est une affaire comptable ! Entendez-vous ??? ».
Mais l’assistance n’entend plus rien, ne comprend nibe, n’écoute que dalle. Les ménagères affolées serrent leur sac à main, s’agrippent à leurs cabas, en oublient leurs mouflets. Les hommes, divorcés, pères déchus, chômeurs au long cours, assistent impuissants aux appels à la mobilisation. Ils ne savent plus qui croire, qui suivre, qui singer ! On les a modernisés, relookés, crémés, déridés, mis en plis, décolorés, bronzés… rien n’y fait ! Ils restent pathétiques, bons à rien, juste cons. Coachés, analysés, sapés par les Queers, body-buildés même, ils n’atteignent pas les minima, accumulent les échecs, capitalisent la contre-performance. Les exhortations les fatiguent. A bout de forces, les plus faibles se tailladent déjà les veines.
A la tribune, on s’affaire. Narkozi et Cigalène sont pressés d’en finir. Une vielle poubelle, un peu de scotch, ils ont bricolés une urne électorale et organisent le scrutin : « Votez ! Vous aussi ! Jeunes désoeuvrés, mineurs sous tutelle, vieux abandonnés, sans-papiers, sans-abri, sans foi, sans voix… votez ! Dites nous qui vous aimez le plus ! Détestez le moins, supporterez à la télé, du matin au soir et du soir au matin ! Déjeuner avec Cigalène ? Dîner face à Narkozi ? Qui égayera votre célibat, votre isolement, votre minimum vieillesse, vos agonies ? Qui défendra votre lobby ? Qui rendra votre minorité plus visible ? Qui vous donnera votre part d’égalité ??? ».
Ils foncent dans la foule, brandissent le précieux récipient, vase sacramental de la démolâtrie, l’agitent, impatients, sous le nez des électeurs. « Allez, hop, hop, hop ! Faut voter maintenant madame. Ca fait des mois qu’on vous explique, vous stimule, vous met en transe ! Comment ça, quel bulletin ? Mais on s’en fout ! N’importe quoi ! Participez ! Mettez-y tout ce qui vous tombe sous la main… passeport, carte Vitale, famille nombreuse, donneur de sang, d’organes, votez avec vos tripes ! ».
Les gens rechignent, il faut les forcer. « Si vous ne votez pas, c’en est fini de notre belle démocratie… vous savez, celle que le monde nous envie, nous envie tellement que tout le monde vient chez nous ! Vous ne connaissez pas votre chance ! Vous pourriez ne pas nous avoir… Alors maintenant ça suffit ! Vous n’entendez pas le fascisme qui revient, l’intolérance qui croît, la haine qui gronde, les corbeaux sur la plaine??? On vous a pourtant bien éduqués non ? Vous foutiez quoi en instruction civique ? Vous étiez où pendant les belles manifs, les grandes marches citoyennes, les défilés pour la république ??? Vous allez voter, oui ou merde ? Ah ! Il est beau le peuple français !!! Vous méritez qu’on vous remplace ! Vous verrez, d’autres feront moins les difficiles ! Et de plus travailleurs, de plus dociles, de moins retors au idées progressistes !».
Il s’échinèrent, tentèrent de remettre un peu d’ordre, qu’on puisse au moins dépouiller, malgré le vacarme et la fumée… On ne su jamais très bien qui avait allumé le feu. Ce qu’on sait, c’est que personne n’était plus capable de l’éteindre. On en vit même qui souriaient de soulagement, martyrs hagards, résignés ou enfin libres, saints rôtissant parmi les décombres.
Pierre Damiens.
Comme pour tous les autres textes publiés sur le site "www.lesgarsdelaroyal.com", les propos tenus et les idées développées n'engagent chaque fois que leurs auteurs respectifs.
« Il faut, disais-je, redonner plus de chance à ceux qui en ont le plus manqué ! » martèle le gars Narkozi, en strangulant frénétiquement Jean Pierre Chauvinement. Tentant de conserver, dans la pagaille, ses allures de marquis pomponné, Dominique feint d’ignorer qu’il a déjà perdu son froc dans la bataille : « la stricte égalité, hum, de tous, devant la loi, est le pilier de la tradition constitutionnelle, n’est-ce pas, hum, française et… ». Jean-Marie Le Peigne l’interrompt d’une vigoureuse manchette sur la nuque. Tel un fort des halles, un soir de catch au Vél’ d’Hiv’, il jette sa victime à terre, recule, s’élance, rugit et, mi-bondissant, mi-trébuchant, place son terrible coup de grâce, écrasant notre Pompadour dont les vertèbres craquent.
Profitant de la diversion, Cigalène a retiré ses escarpins et file en catimini vers l’estrade, laissant François Mollande, éberlué comme à son habitude, chercher ses lunettes à quatre pattes. Elle monte sur la première marche, mais Lolo Fabulus l’aperçoit et sort de sa prostration : « Là , là ! Là -bas ! Il ne faut pas, non jamais… il ne faut pas ! Pas elle ! La droite ! Il faut la droite !!! Pour mon quinquennat à moi… Le quinquennat de Lolo ! Dans cinq ans… Il faut la droite maintenant, la droite seulement ! ».
Prêtant pour une fois attention aux bredouillements du malheureux Lolo, Krocs-Stahn se lance à la poursuite de l’échappée. Il la rattrape en haut de l’escalier, la prend aux chevilles et lui mord rageusement le mollet. Les hurlements stridents de Cigalène rameutent toute la clique qui se rue maintenant vers le podium. C’est une tornade vrombissante qui envahit la scène. Les fauteuils valdinguent, on s’arrache les micros, on s’écharpe, se piétine, tous les coups sont permis.
Narkozi hurle : « la sécurité est mère de prospérité… je vous donnerai la sécurité et nous construirons la prospérité… ensemble, communautés, mosaïque, dans le respect des différences. Les africains polygames payeront les retraites des homosexuels européens… dans une fertile complémentarité des mœurs… ». Cigalène surenchérit : « Il faut placer l’homme et la femme au cœur de la vie publique. Des jurys populaires sanctionneront les élus défaillants, les maires timorés, les sénateurs frileux ! Voter les finances à main levée, donner à ceux qui réclament, mettre la loi au service du citoyen ! ».
Le Peigne brandit un drapeau que lui dispute Philippe de l’Evier. Ils entonnent une Marseillaise endiablée. Chauvinement se fige dans un de ses plus beaux garde-à -vous. Narkozi et Cigalène s’en foutent qui s’égosillent encore : « Droit de vote pour tous, contrat d’union civile, droit d’adoption pour les clandestins ! Allocation d’homoparentalité ! Discrimination positive, admirative, compulsive !!! ». Les idées fusent, rebondissent s’entrechoquent, s’emmêlent. On promet à qui mieux- mieux, menace. « Narkozi ou le déluge ! Cigalène ou l’apocalypse ! Votez tant qu’il est temps ! Votez pour les beaux programmes, votez pour les pourcentages, les calculs, les savants bidouillages, les fragiles équilibres, la croissance retrouvée. Le bonheur est une affaire comptable ! Entendez-vous ??? ».
Mais l’assistance n’entend plus rien, ne comprend nibe, n’écoute que dalle. Les ménagères affolées serrent leur sac à main, s’agrippent à leurs cabas, en oublient leurs mouflets. Les hommes, divorcés, pères déchus, chômeurs au long cours, assistent impuissants aux appels à la mobilisation. Ils ne savent plus qui croire, qui suivre, qui singer ! On les a modernisés, relookés, crémés, déridés, mis en plis, décolorés, bronzés… rien n’y fait ! Ils restent pathétiques, bons à rien, juste cons. Coachés, analysés, sapés par les Queers, body-buildés même, ils n’atteignent pas les minima, accumulent les échecs, capitalisent la contre-performance. Les exhortations les fatiguent. A bout de forces, les plus faibles se tailladent déjà les veines.
A la tribune, on s’affaire. Narkozi et Cigalène sont pressés d’en finir. Une vielle poubelle, un peu de scotch, ils ont bricolés une urne électorale et organisent le scrutin : « Votez ! Vous aussi ! Jeunes désoeuvrés, mineurs sous tutelle, vieux abandonnés, sans-papiers, sans-abri, sans foi, sans voix… votez ! Dites nous qui vous aimez le plus ! Détestez le moins, supporterez à la télé, du matin au soir et du soir au matin ! Déjeuner avec Cigalène ? Dîner face à Narkozi ? Qui égayera votre célibat, votre isolement, votre minimum vieillesse, vos agonies ? Qui défendra votre lobby ? Qui rendra votre minorité plus visible ? Qui vous donnera votre part d’égalité ??? ».
Ils foncent dans la foule, brandissent le précieux récipient, vase sacramental de la démolâtrie, l’agitent, impatients, sous le nez des électeurs. « Allez, hop, hop, hop ! Faut voter maintenant madame. Ca fait des mois qu’on vous explique, vous stimule, vous met en transe ! Comment ça, quel bulletin ? Mais on s’en fout ! N’importe quoi ! Participez ! Mettez-y tout ce qui vous tombe sous la main… passeport, carte Vitale, famille nombreuse, donneur de sang, d’organes, votez avec vos tripes ! ».
Les gens rechignent, il faut les forcer. « Si vous ne votez pas, c’en est fini de notre belle démocratie… vous savez, celle que le monde nous envie, nous envie tellement que tout le monde vient chez nous ! Vous ne connaissez pas votre chance ! Vous pourriez ne pas nous avoir… Alors maintenant ça suffit ! Vous n’entendez pas le fascisme qui revient, l’intolérance qui croît, la haine qui gronde, les corbeaux sur la plaine??? On vous a pourtant bien éduqués non ? Vous foutiez quoi en instruction civique ? Vous étiez où pendant les belles manifs, les grandes marches citoyennes, les défilés pour la république ??? Vous allez voter, oui ou merde ? Ah ! Il est beau le peuple français !!! Vous méritez qu’on vous remplace ! Vous verrez, d’autres feront moins les difficiles ! Et de plus travailleurs, de plus dociles, de moins retors au idées progressistes !».
Il s’échinèrent, tentèrent de remettre un peu d’ordre, qu’on puisse au moins dépouiller, malgré le vacarme et la fumée… On ne su jamais très bien qui avait allumé le feu. Ce qu’on sait, c’est que personne n’était plus capable de l’éteindre. On en vit même qui souriaient de soulagement, martyrs hagards, résignés ou enfin libres, saints rôtissant parmi les décombres.
Pierre Damiens.
Comme pour tous les autres textes publiés sur le site "www.lesgarsdelaroyal.com", les propos tenus et les idées développées n'engagent chaque fois que leurs auteurs respectifs.


Commentaires
1. Le dimanche 26 novembre 2006 à 23:15, par mayo
2. Le mercredi 29 novembre 2006 à 20:52, par Perle
3. Le vendredi 8 décembre 2006 à 23:32, par bouillon
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