Quelle belle envolée !

C'est devenu la règle chez les pourris, mourir tranquille.

A quoi bon se géner, dans quel but instaurer une démocratie, pourquoi donc se tuer à rendre son peuple heureux, alors qu'une belle dictature bien sanguinaire a dix fois plus de chances de vous apporter une vie heureuse et une mort paisible ?

Car il est bien là le paradoxe.

Aucun autre régime n'est plus dangereux pour les élites que la démocratie !

A la merci des élections, contraint de répondre aux questions des journalistes sans les avoir écrites à l'avance, forcé de s'entendre avec l'opposition quand ce n'est pas cohabiter ! sans compter les syndicats qui vous rongent la santé, les services publics en grève pour un oui pour un non, la quasi obligation de se justifier à la moindre bourde, les blogs hostiles sur internet, les partenaires des états voisins qui vous mettent des bâtons dans les roues, l'Organisation des Nations Unies qui vous en demande toujours plus, STOP !

C'est pas une vie.

Alors que, en y regardant de plus près, une bonne vieille dictature à l'ancienne, est-ce que c'est pas le paradis, ça ?

Tout le monde est au petit soin pour vous.

A tous les échelons, tous les instants, en tous lieux, tout le monde se plie en quatre pour vous faire plaisir, tout le monde vous aime.

Vous avez une garde rapprochée -des gros durs très méchants- qui est prête à mourir pour vous au moindre claquement de cil.

Votre portrait est partout, encore plus grand que les affiches publicitaires, à tous les coins de rue, sur les places, côtoyant vos statues, sur les avenues portant votre nom.

L'opposition est muselée ou carrément muette ou bien absente depuis que vous l'avez logée six pieds sous terre.

Les chefs d'états de tous les pays vous respectent, principalement ceux des grandes démocraties pour lesquelles vous êtes un excellent client. Vous faites marcher le commerce en dépensant des sommes considérables en armes de toutes sortes, aidant ainsi à la lutte contre le chômage qui gangrenne leurs électeurs, fléau que vous ne connaissez pas chez vous (et le peuple vous en remercie).

Le peuple justement, parlons-en. Il vous acclame lorsque, debout à l'arrière de votre limousine décapotable, vous descendrez les champs-Elysées locaux, cette immense avenue que vous avez fait construire dans la capitale, permettant par la même aux bulldozers de raser ces vieux quartiers insalubres qui ternissaient l'image de votre pays.

Et vous avez eu raison, car depuis, les touristes se pressent dans vos hôtels ultramodernes. Vous avez un peu fait construire votre nouvelle ville à l'image de Disney World. C'est plus joli et les touristes se sentent chez eux.

Vous êtes adoré en Suisse.
Ce tout petit état vous voue presque un culte vaudou. Les banquiers ne vous coûtent pas très cher au prorata des facilités qu'ils vous apportent. Bon, ces derniers temps, ils ont gelé les comptes de quelqu'uns-uns de vous amis les plus proches, mais, par l'intermédiaires de nombreux petits paradis fiscaux éparpillés tout autour de la planète, vous savez comment, en cas de coup dur, mettre à l'abri l'argent que vous avez mis tant d'années à détourner des caisses de votre pays en quelques minutes s'il le faut.

Vous êtes adulé en France.
Ah, la France ! Comme c'est beau, comme c'est bon la France.
S'il y a bien un coin sur terre qui est le paradis pour les dictateurs, c'est bien la France.

Des tas d'amis dictateurs y ont une belle maison sur la côte, des vieux amis politiques sont toujours prêts à rendre service et puis le calme, la tranquilité qu'on peut trouver là-bas, ça mériterait presque trois étoiles au Michelin, s'il existait un Michelin des dictateurs.

Et puis Pinochet. C'est pas un modèle pour nous tous, Pinochet ?
Et Abdelaziz Bouteflika et Jose Eduardo dos Santos et Ilham Aliyev et Aleksandr Lukashenka et Jigme Singye Wangchuk et Hassanal Bolkiah Mu’izzaddin et Waddaulah et Than Shwe et Hun Sen et Paul Biya et Idriss Deby et Hu Jintao et Joseph Kabila et Laurent Gbagbo et Fidel Castro et Hosni Mubarak et Teodoro Obiang Nguema et Isaias Afwerki et Frank Bainimarama et Lansana Conte et Ayatollah Ali Khamenei et Nursultan Nazarbayev et Khamtai Siphandon et Muammar al-Qaddafi et Maumoon Abdul Gayoom et Kim Jong Il et Qabus bin Said al-Said et Hamad bin Khalifa al-Thani et Vladimir Putine et Paul Kagame et Abdullah ibn Abdul Aziz et Omar Al-Bashir et Mswati III et Bashar al-Assad et Imomali Rakhmonov et Sondhi Boonyaratkalin et Faure Gnassingbé Eyadéma et Zine al-Abidine Ben Ali et Saparmurad Niyazov et le Sultan Khalifa bin Zayed al Nehyan et Islam Karimov et Nong Duc Manh et Robert Mugabe et Pervez Musharraf et Mohammed VI du Maroc et Musa Sude Yalahow et Hu Jintao et Igor Smirnov ?

Tant que le peuple n'aura pas solutionné ce dilemne, les dictatueurs continuerons longtemps encore à mourir dans leurs lits.



Les gars de la Royal - Reproduction autorisée en citant la source
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