La revoilà notre chère Arlette nationale !

La Jeanne Calmant de la révolution ouvrière !

Durant ces cinq ans, elle nous avait presque manqué.

Candidate aux élections présidentielles de 1974, de 1981, de 1988, de 1995, de 2002 et de 2007. Merde. On a presque envie de lui donner le poste.

Vous en connaissez beaucoup, vous, des gars qu’ont passé le bac 6 fois sans jamais l’avoir ? Ou le permis de conduire, ou qu’arrivent chaque fois le lendemain de la fin des soldes, ou qui loupent le train chaque fois qu’ils partent en vacances ?

Ya un moment, tu te dis, le train c’est pas mon truc, la prochaine fois je prendrais l’avion.

Ben non, Arlette, elle a de la suite dans les idées, elle a de la conviction, elle continue à essayer de prendre le train.

Courage ma fille, courage.

C’est pourquoi, depuis, elle a pris de l’assurance et du muscle, la Arlette. Faut plus lui en promettre, faut pas la faire chier.

Faut la comprendre aussi. Moi je la comprends.

Les ouvriers, cette femme-là, ils sont à elle. C’est SES ouvriers. Depuis le temps qu'elle s'en occupe, faudrait pas voir à lui en chiper un ou deux. Elle les compte et les recompte à chaque fois. Et par la même occasion, ça fait bien plaisir à tout le monde. C'est vrai, quoi. Qui c'est qui s'en occuperait de ses ouvriers si elle était pas là, Arlette ? Personne. Rien du tout. Tout le monde s’en fout des ouvriers. Yen a pas un qui f'rait l'boulot. Rien. Nib.

Du coup, Arlette, c’est un peu comme la baby sitter des ouvriers.

Pendant que t’es au cinoche avec ta poule, la baby sitter amuse les mouflets.

Pareil, pendant les élections présidentielles, Arlette s’occupe des ouvriers. Moi j’dis, c’est noble. Elle leur parle de la révolution, d’un pays où qu’les grosses boîtes elles auraient pas le droit de licencier, où tout n’appartiendrait qu’aux ouvriers, les banques, les usines, les patrons aussi qui bosseraient pour les ouvriers et pis yaurait pas de méchants riches, que des gentils riches qui donneraient leur pognon aux ouvriers tout ça.

Putain ! Elle est super chouette cette histoire.

Je veux qu’elle est chouette. La belle au bois dormant qui dort cent ans et qui se marie à la fin, c’est chouette aussi. Et pis elle la connaît par cœur son histoire. Tu penses, depuis le temps qu’elle la raconte. C’est un peu comme un guide au musée qui te parle des bras cassés de la Venus de Milo. Il peut te le dire en six langues en écoutant de la musique, il s’en fout, il est rodé à mort, ça roule.

Alors comme ça, pendant qu’Arlette raconte, tout le monde est content. La droite qu’a autre chose à faire que de raconter des histoires à la con aux ouvriers, la gauche qui sait plus trop quoi en faire depuis longtemps des ouvriers et les patrons parce que pendant ce temps-là ça occupe les ouvriers.

Et les ouvriers s’endorment doucement en faisant de beaux rêves jusqu’à la prochaine élection.

Nom de Dieu la belle histoire !

Arlette Laguiller présidente de la république ?

Et pourquoi pas Che Guevara vigile au Bazar de l’Hôtel de Ville ?