On pensait y être arrivés. On croyait que c’était possible. Oui, la gauche allait reprendre le pouvoir, les rennes du pays, l’espoir allait revenir et incarné par une femme !
Mazette, rien que ça !
Une première en France, une révolution pour l’Europe et le monde !
La terre des machos et de la révolution française, gouvernée par le sexe « faible ». C’était frémissant et chaud et les larmes de joie de 81 coulaient déjà sur les joues de ces militants qui n’avaient pas connu l’élection de Mitterand.

En face, la droite en avait mal au ventre. Elle versait des larmes elle aussi, mais de peur. Comment un petit félon qui avait supporté Balladur en trahissant son propre camp, soutenu le Chirac de tous les immobilismes, qui avait gouverné en despote l’arrondissement le plus huppé et inéquitable de l’île de France, l’ami des riches et des puissants pouvait-il venir à bout de la préférée du populo ?

C’était en 2006. 1 an avant les élections.

Le spectre du néofascisme planait encore dans toutes les têtes, le Centre n’était plus réapparu depuis la fin de Giscard, on se préparait à une élection comme les autres, droite contre gauche, gauche contre droite.

Mais c’était compter sans le Parti Socialiste.
Pas Ségolène, non. Le Parti Socialiste.

Cette pieuvre gavée d’encre noire, animal à 1000 têtes, le parti de toutes les rancœurs et de toutes les animosités, le monstrueux appareil politique aux pachydermes carnivores, plus proches des kamikazes japonais que des serviteurs du peuple Français qu’ils se plaisent -en public- à dire vouloir représenter.

Et sortirent leurs têtes de l’eau les Strauss-Kahn, les Hollande, les Fabius, les Mauroy, les Lang, les Jospin et tous les petits poissons pilotes qui virevoltent sans cesse dans leur sillage.

Dès avril 2006, le parti socialiste a décidé qu’il n’aimerait plus les électeurs, qu’il ne les respecterait plus, qu’il fallait faire de la politique politicienne ou mourir.

Ségolène pouvait gagner ? Qu’importe !
Les gens de gauche la portaient aux nues ? Une horreur !
Elle avait absolument besoin d’un parti à ses côtés et d’intelligence autour d’elle pour surmonter un an de campagne et battre la droite ? Alors on s’évertuerait à ne rien lui donner, à ne rien lui faciliter. Plutôt lui couper les jarrets que de la hisser sur la plus haute marche !

Ce n’est pas les Français avant tout, c’est la politique et le pouvoir comme seul horizon.

Lorsque Nicolas s’est aperçu de ça, que la gauche, comme lui, ferait la même campagne -la politique et le pouvoir- il a su qu’il avait déjà gagné, car c’est un loup, car il ne vit QUE pour ça depuis qu’il est gamin, car il a déjà pris soin de faire le ménage dans son camp ce que Ségolène doit faire encore.
Le temps désormais est compté. Nicolas a contre lui la gauche et avec lui la droite. Ségolène a contre elle la droite ET la gauche.

Et cela fait bien longtemps qu’on ne gagne plus une élection avec le peuple. Le peuple ce n’est pas suffisant.
On gagne une élection avec la presse, les instituts de sondage et la manipulation de l’opinion, avec la télé et la manipulation de l’info, avec l’argent qui coule à flot lorsque les puissants vous ouvrent leurs robinets à billets, on gagne une élection par le pouvoir et par lui uniquement.

Regardez Al Gore et Bush, regardez Chirac, regardez Berlusconi, regardez partout autour de nous.

Voilà la donne. D’un côté un PS, le parti de Mendès France et de Jules Ferry, devenu le réservoir des détestations et des inimitiés, entretenues par douze longues années loin du pouvoir, dirigé par un homme que tous considèrent comme un gentil garçon sans carrure, sans aura et sans importance mais qui est surtout le mari de la dame dont veulent les électeurs et le père de ses enfants.
Ségolène, vous savez, cette femme en qui le peuple est prêt à croire mais que le PS veut tuer.
Ça ne l’intéresse pas le PS, une femme.
Le PS regorge de vieux ministres, d’avides hommes de l’ombre, d’indécrottables déçus de la vie politique, de chômeurs longue durée des ministères, de traîtres de tous poils et d’autres prêts à le devenir. Alors l’ex femme du patron, elle peut crever, personne ne lèvera le petit doigt pour elle. Mieux encore, dès que l’occasion nous en sera donnée, on appuiera bien avec nos pieds sur sa tête pour être certains qu’elle se noie !

C’était en 2006. Il y a un an déjà.

Et le Parti Socialiste nous est apparu comme une machine infernale, pas plus préoccupée des intérêts du peuple que l’ennemi d’en face, mais -Ô comble de l’ignominie- préférant le sabordage à la victoire de celle désignée par les électeurs !
Car -tenez-vous le pour dit hommes et femmes de gauche- ce ne sont jamais les électeurs qui décident, ce doivent être les appareils du parti et eux seulement !
Comme au bon vieux temps de l’Union Soviétique, de la Chine de Mao, de la cour du roi soleil, le peuple est là pour suivre. Deux siècles après 1789, tout est redevenu comme avant : le peuple est là pour obéir. C’est fait avec un petit peu plus de subtilité et des jolis rubans en couleur mais le fait est là. On ne nous demande plus notre avis, on nous le prend.

Faudra-t-il une autre révolution ?

Manipuler les votes à droite, c’est banal, se moquer du peuple à gauche ça remet les pendules à l’heure et ça nous signifie bien que désormais, plus personne ne se soucie de nous, seul le Pouvoir captive, seul le Pouvoir attire, seul le pouvoir compte, seul le Pouvoir est l’enjeu de la vie politique Française et de sa manifestation la plus essentielle : l’élection présidentielle.

Pendant ce temps-là, sur l’autre rive…
Nicolas Sarkozy savait tout cela. Et il en riait sous cape.
En bon idéologue politique, en bon traître à toutes les idées, en bon usurpateur en chef, en bon élève de Chirac, en bon apprenti de la magouille passé maître ès-putsch, Nicolas savait que tout se jouerait dans les coulisses et dans l’ombre. Dans la boue il est le roi.

Et nous voilà un an après, en mai 2007, avec encore une élection pour rien.
Ce n’est pas trop que la gauche ait perdu qui m’attriste. C’est surtout et avant tout que le peuple ait perdu.
Il s’est laissé emberlificoter par le plus extraordinaire marchand de cravates que la France ait jamais porté.

J’ai le sentiment d’avoir acheté à crédit pour une très grosse somme d’argent au roi des bonimenteurs une encyclopédie tout en couleurs ou une pile de vaisselle en or ou une tondeuse autoportée que j’ai maintenant chez moi et que je n’utiliserai jamais. Mais en attendant, tous les mois, il va falloir payer.

Je me suis bien fait avoir. Dans les grandes largeurs.
Tout ça parce que la gauche, depuis Mitterrand est persuadée qu’elle peut faire de la politique comme la droite.

Alors oui toute la France s’est déplacée dans les urnes comme jamais.
Oui, les français se sont intéressé au match comme jamais.
Oui c’est une victoire pour le droit de vote ; Mais est-ce une victoire pour la démocratie ?
Est-ce qu’élire Sylvio Berlusconi, Margaret Thatcher ou Georges Bush est une victoire pour la démocratie ?
Nous savons tous que non. Bien sûr que non.

Dans nos démocraties, les dictateurs, très polis, demandent toujours l’avis du peuple avant de le mettre à genoux.
Nicolas a reçu la bénédiction des Français, avec une confortable avance.
Il se prépare pour le raz-de-marée des législatives. Elles sont trop près des présidentielles, en plein « état de grâce », il n’est pas près de les perdre.
Lui, ne dissoudra pas l’assemblée nationale comme Chirac, ne fera aucune concession à l’autre camp, en fera moins encore à ses amis d’hier, décidera seul, utilisera le pouvoir qu’on lui a donné jusqu’a la dernière goutte, appuyant de toutes ses forces sur le tube pour ne rien laisser à l’intérieur.

Il est là pour dix ans.
Que sera la France en 2017 ?

Il fallait se poser la question avant. C’est trop tard maintenant.